Alexandra Petit-Mentzelopoulos

Alexandra Petit-Mentzelopoulos, la nouvelle « Dame de Margaux »

Crédits: Figaro Vins

Crédits Photo: Jeanne Buisson

 

Un après-midi ensoleillé dans le petit salon d’angle du château Margaux. Somptueux décor Empire, ors, soieries, lustres allumés en plein jour, climatisation. Cheveux de jais négligemment noués sur la nuque, peau diaphane, grands yeux sombres, ­visage au naturel, sourire éclatant, Alexandra Petit-Mentzelopoulos, ­pénètre à grandes enjambées dans la pièce. Jean, tee-shirt, baskets. Son premier réflexe ? Faire éteindre la ­lumière artificielle. Question de génération. Celle d’une trentenaire sensibilisée à la préservation de la planète. Celle d’une directrice générale ­adjointe pleinement associée à la démarche environnementale dans ­laquelle s’engage la propriété familiale. Après son grand-père, André Mentzelopoulos, propriétaire des magasins Félix Potin qui avait acquis, en 1977, le domaine alors en pleine déshérence et, l’avait remonté avec passion avant de décéder en 1980, passant le relais à sa fille, Corinne Mentzelopoulos, surnommée avec respect la « dame de Margaux » pour avoir porté au pinacle l’unique ­premier grand cru classé en 1855 de l’appellation qui lui doit son nom, Alexandra s’investit depuis sept ans chaque année davantage aux côtés de sa mère. Sans négliger Clarette, le restaurant bar à vins qu’elle a ouvert il y a deux ans à Londres, où elle vit.

 

Vous incarnez le nouveau visage d’un domaine associé depuis cinq cents ans à l’excellence française. Pas trop intimidant ?
 

Intimidant au début mais de plus en plus familier. Avant le poste de directrice générale adjointe chargée de la communication et de l’image depuis 2016, j’ai commencé par voyager durant quatre ans dans le monde entier en tant qu’ambassadrice de la marque. J’en suis littéralement tombée amoureuse. Je me suis rendu compte à quel point elle est aimée, donc facile à représenter. Le véritable enjeu consiste à maintenir le niveau de qualité sans faire de bêtise. Mais je suis très entourée. Ma mère est là. Contrairement à elle, qui s’est retrouvée seule à 27 ans avec une équipe qu’elle connaissait peu, Paul Pontallier, le directeur de la propriété, était comme un oncle pour moi. Il a dirigé Château Margaux durant trente-trois ans jusqu’à son décès, en 2016. Il m’a vue grandir, m’a formée. Philippe Bascaules, l’actuel directeur est arrivé quand j’avais cinq ans. Comparé à d’autres entreprises où il est bon de changer tous les cinq ans, quand on vient travailler à Margaux, on y reste. C’est rassurant. Nous formons une équipe soudée, familiale. Comme je suis amenée à reprendre en partie, je suis de plus en plus associée à de ­nombreuses problématiques, notamment environnementales. J’observe, j’apprends.

 

La propriété de Château Margaux est-elle ce que l’on appelle une maison de famille ? Est-elle associée à votre ­enfance ?
 

Ma mère tenait à ce que nous soyons éduqués à Paris dans des conditions normales, c’est-à-dire dans un appartement, pas dans un château. Mais, quand nous étions petites, elle nous emmenait à chaque période cruciale pour la propriété. Primeurs, vendanges… Nous manquions l’école pour nous installer à Châteaux Margaux durant plusieurs semaines. C’était comme des vacances. Ma sœur aînée et moi avons passé ici des moments merveilleux avec la nature, le vin, les vignerons adorables avec nous alors que – je le réalise aujourd’hui – nous étions dans leurs pattes en croyant les aider à vendanger.

 

Votre arrivée au sein de l’équipe a correspondu au lancement d’un troisième cru plus accessible, Margaux de Château Margaux. Un hasard ?
 

La décision de créer ce troisième vin date des vendanges de 2009. Le vin était si bon que Paul Pontallier a proposé à ma mère de faire une sélection dans le vrac destiné d’habitude aux négociants. Ils l’ont mis en bouteille, goûté et décidé de créer Margaux de Château Margaux, mis en vente exclusivement à la restauration dans quatre pays à un prix unique de 100 euros avec l’idée de toucher une clientèle plus jeune, à la mode et, qui ne pouvait pas forcément s’offrir une bouteille de Château Margaux ou de Pavillon Rouge. Comme je venais d’arriver, que j’étais jeune et vivais en Angleterre, l’un de nos plus importants marchés traditionnels, il était logique que je m’en occupe. Le but n’était pas de révolutionner le produit mais de toucher une autre clientèle. Nous ne sommes pas une marque de luxe qui peut faire des petits porte-monnaie ou des rouges à lèvres moins chers. Ce vin est fait avec nos vignes, notre façon de faire, il est proposé à un rapport qualité-prix inégalé. Il a d’ailleurs tellement bien marché que nous allons l’ouvrir à d’autres pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Sud. Dans mon restaurant, Clarette, un lieu tout sauf old school contrairement à ce que beaucoup ont pu imaginer quand j’ai décidé de me lancer, Margaux du Château Margaux est le vin qui se vend le mieux.

 

Justement, quelle est la proportion de vins français que vous proposez chez Clarette ? Vous ne souffrez pas trop du « bordeaux bashing » à Londres ?
 

En Angleterre, ce phénomène de rejet a beaucoup baissé depuis dix ans. Ma génération est plus ouverte d’esprit, plus curieuse. Mais, quand j’ai lancé Clarette en 2017, on m’a conseillé de proposer une carte des vins internationale. C’est vrai qu’à Londres, il ne faut surtout pas être franco-français. Que ce soit pour la cuisine ou les vins. Sur ma carte, 50 % des vins viennent de France. Nous mettons un point d’honneur à proposer beaucoup de bordeaux. Et ce sont majoritairement ceux qui marchent. Comme quoi, c’est une bonne leçon entre ce qu’on vous dit et la réalité.

 

Comment décrire les vins de Margaux à quelqu’un de votre génération ?
 

Je dirais, comme Paul Pontallier : une main de fer dans un gant de velours. Margaux c’est la puissance d’un bordeaux avec une touche de raffinement en plus.

 

Diriez-vous que ce sont des vins ­ « féminins » ?
 

On disait ça il y a trente ans pour ­décrire ses tanins plus souples, plus ­arrondis. Mais peut-être qu’inconsciemment Margaux est associé à une femme. D’ailleurs, vous avez remarqué que le prénom «Margaux » est à la mode. Plus personne ne l’orthographie « Margot », comme la reine Margot.

 

Votre millésime préféré ?
 

1985. Mon année de naissance !