Chinon Rablais

À Chinon, l’univers du vin s’entre-déchire pour un portrait de Rabelais

Crédits: par Charles Gautier in Le Figaro

 

Tempête dans un verre de vin à Chinon. Le Domaine Charles Joguet a décidé d’attaquer la confrérie des Entonneurs rabelaisiens pour «contrefaçon de marque» en raison de l’utilisation d’un logo similaire au sien.

 

S’il sera prochainement question de vin au tout nouveau tribunal de grande instance (TGI) de Paris, ce ne sera pas au sujet du cocktail d’inauguration. Le TGI devrait trancher un véritables clochemerle qui agite le terroir chinonais. Et s’il est ici question de contrefaçon, ce n’est pas le contenu qui est en cause, mais plutôt le contenant et plus particulièrement l’étiquette des bouteilles. 

Une affaire de propriété intellectuelle oppose en effet le Domaine Charles Joguet, l’un des plus remarquables des 2400 hectares du terroir chinonais, à la confrérie des Entonneurs rabelaisiens, pour une affaire de logo. Le domaine a assigné au TGI ces Entonneurs, véritables ambassadeurs du terroir depuis 1961, les accusant de «contrefaçon de marque» à cause de l’utilisation d’un logo similaire au sien. Les deux sont inspirés du même portrait de Rabelais datant du XVIIe siècle. 

 

Perquisition et saisie

Les propriétaires du domaine estiment que le portrait de François Rabelais utilisé par les Entonneurs rabelaisiens est bien trop proche de celui qu’il a déposé en 2014 à l’Inpi (Institut national de la propriété industrielle). Tout cela pourrait prêter à sourire si, précise l’AFP, une perquisition n’avait pas eu lieu le 26 mars aux Caves Painctes, siège des Entonneurs et immense réseau de grottes sous la forteresse où Rabelais avait situé la fontaine de l’oracle de la Dive bouteille: deux huissiers, assistés de deux gendarmes et d’un serrurier, ont saisi trois diplômes de «chevalier gousteur», deux menus de chapitres de la confrérie, deux bulletins d’adhésion et un livret de chants, détaille auprès de l’AFP le Grand Maître des Entonneurs, Jean-Max Manceau.

Ironie du sort, l’ancien propriétaire du Domaine Charles Joguet, qui a cédé la totalité de son domaine en 1997 à son associé Jacques Genet, est lui-même Entonneur rabelaisien et n’en revient pas: peintre et sculpteur, il est l’auteur revendiqué des logos de la discorde. Aussi bien celui du domaine, que celui des Entonneurs de 1961, ainsi que de sa dernière version aujourd’hui contestée. 

«Tout ce que nous voulons, c’est être certains de ne pas retrouver sur une bouteille ce logo qui pour nos clients est indissociable du domaine», assure Anne-Charlotte Genet, directrice commerciale du Domaine Charles Joguet, et fille de son propriétaire qui assure ne pas vouloir privatiser l’image de Rabelais.